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L'ÉCOLE HORS L'ÉCOLE

par Yvonne HAGNAUER
Un voyage d'étude (Expérience réalisée à la Maison de Sèvres)

Publié dans "L'École nouvelle témoigne" sous la direction de L.Cros, Colin ed. 1970.
Cahiers de Pédagogie Moderne n°41

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Exemple: U.N.I.C.O.O.P.A. de Landerneau ... , etc.

Et plus encore les « G.A.E.C. », où l'esprit de coopération est poussé jusqu'à la vie communautaire complète des exploitants ...

De cet « esprit coopératif », nous devions avoir une illustration saisissante l'après-midi lorsque nous visitâmes la coopérative du groupement maraîcher rennais : vastes bâtiments clairs, fonctionnellement équipés : hangars de réception, de conditionnement, d'expédition de fruits, fleurs et légumes.

Un centre d'intérêt littéraire

Dans le car, les cartes géologiques et topographiques sont mises en place sur le tableau et nous commençons à observer le paysage qui se déroule sous nos yeux, en cherchant sur les cartes les cotes d'altitude de la région traversée, nous notons la topographie si particulière de ces fleuves bretons aux talwegs profonds, aux embouchures façonnées par la marée... « rias », typiques de la Bretagne.

Et après la traversée de petits vallons aux champs bordés de taillis où l'herbe met sa tache éclatante... voici Combourg.

« Le conservateur du château » une dame charmante, heureuse de faire les honneurs de cette impressionnante demeure, nous accueille, et trace un rapide historique du monument que le dixième enfant du comte de Combourg, le vicomte René, immortalisa dans les Mémoires d'Outre-Tombe, et nous pûmes revivre les longues soirées d'hiver dans la salle des gardes, et les nuits lugubres dans la « Tour du Chat » chambre de « René ».

Et c'est dans ce décor, cerné par la pièce d'eau grise qui enveloppe d'une mélancolie si douce l'austère bâtisse que nous Iûmes, non sans émotion, quelques pages des Mémoires.

«... Moi, j'étais juché dans une espèce de cellule isolée, au bout de la tourelle de l'escalier qui communiquait de la cour intérieure aux diverses parties du château... »

Magie du lieu, puissance évocatrice du décor, et peut-être aussi à cause du vent froid qui passait sous les portes, quand s'éteignirent les derniers mots : « les vents de la nuit dans ma tour ne servaient que de jouets à mes caprices et d'ailes à mes songes », nous sentîmes que, plus que tous les commentaires savants et éloquents, l'âme qui habitait encore Combourg avait ressuscité la vie hautaine et ardente du vicomte de Chateaubriand.

Je regrette de ne pouvoir présenter ici la série très riche des croquis pris sur place, où le château présente orgueilleusement ses tours massives, ses lucarnes armoriées, son perron (refait suivant le goût du seigneur du lieu) impressionnant mais sans grâce, mais certains extraits de travaux effectués dès notre retour, révéleront à la fois par leur maladresse, et aussi par leur diversité, la sincérité des impressions reçues :

Les uns ne savent que décrire et sont encore avares de leurs impressions.

Maladresse ? pudeur excessive ou inhibition  ? qu'on en juge :

« Le château se dresse dans un parc immense, surplombant un étang et les toits gris de la ville. Chateaubriand y vécut deux années de sa jeunesse et on peut y trouver quelques souvenirs, dispersés à tous les étages. Nous avons gravi les marches du perron. Dans l'entrée une petite chapelle où sa mère venait prier des heures entières. Un couloir garni de meubles de style florentin, donnant sur une petite cour intérieure, nous conduisit dans deux grandes pièces qui autrefois n'en faisaient qu'une. Nous avons monté un petit escalier en colimaçon pour nous rendre à la salle des archives où tous les souvenirs de l'écrivain étaient regroupés.

Par d'autres escaliers, nous sommes allés vers sa chambre isolée dans la tour de l'Est : une petite chambre avec deux minuscules fenêtres donnant sur les remparts, un lit, une armoire hollandaise contrastaient avec toutes les salles richement meublées que nous avions vues auparavant. »

Et c'est à regret, semble-t-il, que celle qui rédigea ce texte laisse échapper ces derniers mots :

... « le cadre mélancolique, la sévérité du père, la dévotion de la mère et les terrifiants bruits du château avaient rendu Chateaubriand triste et rêveur. Je l'ai été pendant cette visite. »

D'autres partagent vraiment les émois et les effrois d'enfant du « Chat », (comme Mme de Chateaubriand aimait à appeler « René ». A la description se mêlent les émotions personnelles, exprimées cette fois avec plus de force et d'aisance:

« En gravissant les marches du perron, je me suis retournée un instant. L'immense parc baignait dans une brume légère. Si je n'avais pas été entourée de mes camarades, j'aurais entièrement partagé l'admiration que Chateaubriand a si souvent exprimée pour ce paysage simple et beau.

Le château m'apparut avec sa façade sévère, ses tours à créneaux, que surmonte un toit pointu, entre deux groupes de marronniers. Ce lieu me semblait austère. l'ai vu la chambre de Chateaubriand avec le squelette du chat légendaire.

En passant sur le chemin de ronde pour me rendre dans la chambre de Chateaubriand je crois bien avoir éprouvé certains sentiments qu'il a confiés à ses Mémoires. Le calme morne du château de Combourg me pénétrait. Ce manoir était grand, vide et aussi très mystérieux. A me trouver seule dans la nuit, avec le bruit du vent, la présence des chouettes, le murmure des ténèbres et le mugissement des souterrains, j'aurais été effrayée ! ...

... Ce matin-là, le ciel était gris, l'air humide, et la rosée perlait. C'est dans cette atmosphère, un peu triste et froide, que le château s'élevait. »

D'autres enfin prises par l'atmosphère et le cadre partagent si étroitement la vie et, les aspirations de l'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe qu'elles s'identifient à lui :

« Et puis le soir tombera sur le château et le parc, et les couloirs et les salles déjà sombres s'obscurciront encore. Ma peur augmentera et le repas me paraîtra infiniment long. J'entendrai le bruit du feuillage secoué et balancé par le vent...

Il faudra ensuite que je monte me coucher malgré la peur.

J'arriverai dans ma chambre, la bougie à la main, et des ombres terrifiantes se profileront sur les murs. Alors, je me glisserai dans les draps du lit à baldaquin et m'y enfoncerài pour ne plus rien entendre... »

Combourg était l'étape à la fois austère et riche d'évocations et de souvenirs littéraires.

Un centre d'Intérêt économique

De l'austère et majestueux Combourg, nous descendîmes jusqu'à Saint-Malo où nous jetâmes encore une fois un regard nostalgique vers l'île du Grand-Bé où René demeure éternellement solitaire... Nous fîmes le tour des remparts, admirâmes la reconstruction soignée d'une partie de la ville : granit austère et toits d'ardoise où le ciel changeant met des lumières délicates sous la pluie et, après avoir cherché la route allant à l'usine marémotrice de la Rance, nous arrivâmes en vue du barrage. .

Il n'est point ici question d'entrer dans le détail du fonctionnement de l'usine marémotrice de la Rance, mais je voudrais seulement signaler les nombreuses notions auxquelles ce problème a amené les enfants à prendre connaissance :

Le phénomène des marées et, par voie de conséquence, les raisons déterminantes du choix de l'estuaire de la Rance.

Pour travailler, la marée doit être emprisonnée. Mais, un coup d'œil à la carte bretonne montre qu'une profusion d'échancrures permettra de fermer des baies ou des fjords avec des digues réduites...

• D'où la nécessité d'étudier le type particulier d'embouchure des fleuves bretons dans des côtes très découpées : tout au long de notre voyage nous avons pu constater que la mer, par les multiples échancrures de la côte, libère deux fois par jour de vastes « estrans » qui permettent aux navires d'accéder au fond des « rias » et, aussi, l'établissement de barrages.

• D'où l'obligation encore de recourir au livre de sciences pour comprendre l'utilisation de l'énergie des marées, le travail des vannes qu'on ferme en pleine mer; celui des turbines par lesquelles on videra le bassin lorsque la mer en se retirant aura créé une hauteur de chute suffisante. Cycle que l'on peut encore améliorer en utilisant l'énergie disponible aux heures creuses pour pomper l'eau de mer, surélever le niveau du bassin et augmenter le volume turbinable ...

Présentées sous cette forme, et avec le secours du livre, les choses étaient encore trop simples : pour utiliser au maximum l'énergie des marées, il fallait la produire à la fois lors du remplissage et du vidage du bassin, d'où l'utilisation de vingt-quatre groupes bulbes de 10 000 MW.

L'ingénieur expliqua avec minutie et patience, en s'appuyant sur de multiples maquettes, les étapes de la construction de la centrale marémotrice. Pris par cette passion d'un réalisateur qui voit enfin se dresser son œuvre (la seule usine qui utilise l'énergie des marées en France et dans le monde, je crois), il répondait, heureux, aux questions multiples et plus spécialement à celIes qui avaient trait à l'assèchement de la Rance, par la mise en œuvre de batardeaux constitués de gabions de palplanches, technique qui nous est familière depuis que nous avons étudié en Hollande le « Plan Delta ».

Voyant ces jeunes des deux sexes, les yeux brillants d'intérêt prolonger jusqu'à 19 h 30 la visite, je comprenais maintenant qu'ils étaient vraiment les fils et les filles d'une nouvelle forme de culture,. qu'ils accédaient à la technique moderne avec aisance, y découvrant ce que cherchent les jeunes dans toute œuvre humaine : l'originalité, la grandeur, sous quelque forme qu'elle se manifeste.

Cette visite, outre la richesse des détails techniques et l'intérêt scolaire de la mise en marche de turbines, était une admirable leçon d'amour, de respect du travail bien conçu et bien exécuté.

J'emprunte en conclusion ce passage d'un compte rendu :

Vers 19 h 30, notre guide nous quitte, enchanté, en nous disant: « Hier, j'ai écourté l'entretien avec des étudiants préparant leur licence de physique parce qu'ils ne prêtaient pas attention aux explications ... , comme vous m'avez bien écouté et que vous paraissiez intéressés, cela m'a fait plaisir et j'ai prolongé le plus longtemps possible la visite... »

Mais l'enthousiasme n'est fécond que s'il est générateur d'action, et un groupe de garçons obtint de notre guide, au départ, l'adresse des bureaux d'études où ils pourraient trouver des cartes marines afin de reproduire la maquette de l'usine en voie de construction, avec ses deux batardeaux, ses gabions rouges bien alignés, entre la pointe de la Brebis et l'îlot de Chalibert. ..

Le garçon qui fit la démonstration sur maquette au cours des journées pédagogiques de fin d'année dans notre Maison, détaillait les étapes de la 'construction avec autant d'amoureuse ferveur que le promoteur lui-même !

Un centre d'Intérêt humain

Une incursion dans la Bretagne de l'intérieur ne peut être valable que si elle a été suffisamment préparée. Si la région du Méné nous avait été signalée comme la plus déshéritée, nous n'ignorions pas qu'il en falIait des preuves plus probantes aux enfants que les fermes abandonnées ou de maigres cultures : il fallait que notre visite fût annoncée, qu'on convainquît les gens de la nécessité d'instruire les jeunes et de parler sans retenue, ni crainte.

Nous nous adressâmes donc, par l'intermédiaire d'un ami du B.D.P.A. à l'Ecole des Hautes Etudes, « au centre de recherches coopératives », groupe de coopération agricole et développement rural.

Le Méné n'est pas un village, mais une région naturelle de vingt communes (20 000 habitants) qui s'est engagée dans une tentative de développement global et endogène. On nous conseilla de prendre contact avec M. Martin, « animateur permanent du Comité d'expansion du Méné », susceptible de nous montrer ce que nous souhaitions voir : fermes abandonnées reprises par de jeunes agriculteurs, ateliers de production moderne près de fermes traditionnelles, abattoirs industriels, monuments rénovés (abbaye de Boguen). Le Méné, c'est tout cela : « un espoir encore fragile qui commence à renaître sur la lande bretonne ».

L'animateur nous conduisit tout d'abord dans la petite mairie de Plémet où il nous exposa les projets du Comité d'Expansion rurale : ils consistent à faire revivre le pays :

par le tourisme, en réparant et en vendant les maisons vides de leurs occupants, en multipliant les mille aspects du commerce et du folklore nécessaires aux vacanciers;
par la recherche de meilleurs rendements agricoles, par les regroupements;
par le développement d'industries locales ou régionales;
par l'éducation des jeunes ruraux et leur regroupement dans des foyers culturels.

La première ferme visitée était organisée en C.U.M.A. (Coopérative d'Utilisation de Matériel agricole). Le fermier en énuméra les avantages : labeur moins pénible, plus rapide, rendement supérieur grâce aux achats d'engrais en commun. Mais c'est la fermière qui semblait avoir bénéficié le plus de cette organisation. L'humble ferme était presque coquette (nous n'osâmes pénétrer dans la pièce unique en terre battue du rez-de-chaussée). Il y avait des fleurs. La fermière nous expliqua qu'elle restait à la maison depuis la création de la C.U.M.A. trayant à la main ses vaches. Elle vanta le congélateur collectif qui permettait la conservation de certains produits, conserves, beurre et précisa l'effet heureux des visites de la conseillère rurale qui avait appris à beaucoup d'entre eux à se constituer un foyer plus acceptable, même dans un lieu déshérité.

La seconde ferme était gérée par un jeune couple plein d'espoir. Pour pénétrer dans le grenier qu'ils s'étaient aménagé, il fallut enfoncer jusqu'aux chevilles dans la boue noirâtre d'une cour où les vaches pataugeaient sous un hangar en partie détruit...

« … Je ne peux parler de la Bretagne sans m'empêcher de penser à cet homme M. Martin qui essayait de nous faire sentir toutes les difficultés qu'apporte la vie, qui nous faisait comprendre combien il fallait travailler de tout son corps et de toute son âme pour créer un foyer, parfois bien humble ...

Et ce foyer, je l'ai vu chez un jeune couple de Bretons, qui vivaient dans un grenier aménagé par eux-mêmes. C'est alors que j'ai pensé aux gens qui, sans faire un seul effort, ont à leur disposition un appartement luxueux... »

Mais la troisième visite plongea les enfants dans un étonnement voisin de la stupeur, qu'on en juge :

« La troisième visite m'attrista, d'abord par son cadre : un village désolé, vide, en ruines. Au début du siècle, trente familles y vivaient, maintenant, il n'en reste plus que trois. Cette ferme n'avait ni eau, ni gaz. La jeune femme qui vivait là avec son père et ses deux frères, dans une seule pièce, s'occupait de la maison. Elle devait aller chercher l'eau à une fontaine assez éloignée : trois cents mètres de boue à traverser avec le poids des seaux. La terre battue formait le sol de cette pièce, de grosses solives sortaient du plafond, les murs recouverts de chaux étaient grisâtres; le mobilier était rudimentaire : une table, un évier sans eau, l'âtre de la cheminée dont on se servait toujours, deux lits séparés par une armoire ...

On ne se serait pas cru au XXe siècle mais durant une année de disette au XVIIe siècle... »

Et, c'est le cœur serré que nous évoluâmes dans les ornières, les routes défoncées, les maisons en ruines de Roquetton qui est, selon l'abbé Houée « représentatif de la Bretagne centrale désemparée ».

Désemparée mais tenace. Je n'en veux pour preuve que l'orgueil touchant dont fit preuve cet apôtre de la reconversion du Méné, M. Martin, lorsqu'il se dirigea avec nous vers « le foyer rural ».

« ... Lorsqu'il nous conduisit dans un « Foyer de jeunes » (garçons et filles), tout d'abord, je m'imaginais une bâtisse moderne, aérée, je ne vis qu'un bâtiment aux pierres usées mais propres, aux murs blanchis à la chaux, au grenier à la toiture endommagée.

Je crus d'abord que M. Martin plaisantait, mais je compris bientôt que les efforts des jeunes réussiraient à fonder un réel foyer, l'endroit où l'on peut se rencontrer.

Je voyais le regard brillant de M. Martin pendant qu'il nous exposait ses projets : « la commune s'occupera du toit, pendant, ce temps, nous boucherons les trous » ... Comme ses mots étaient beaux dans leur naïveté ! Toujours plus loin, plus avant !

Je désirais lui demander combien de temps dureront ces travaux mais je me retins car je compris que ce n'était pas le temps qui avait de l'importance. L'essentiel, ce sera de mettre tout son cœur, ce sera de réussir, après avoir fourni un travail de ses propres mains. Un travail collectif pour créer un « foyer » qui sera à tous, enfin quelque chose que l'on pourra aimer !

Tout cela avec beaucoup de volonté, de courage, d'amour et aussi avec bien peu de fonds ! »

Il est, je crois inutile d'exposer ici l'intérêt d'un tel voyage :

Comme tous les expérimentateurs en matière de pédagogie, depuis vingt-six ans, nous nous rendons fort bien compte que l'école ne peut plus se tenir à l'écart du mouvement général où le livre, « principe abstrait d'organisation et d'interprétation individualisée de l'expérience humaine, est de plus en plus concurrencé et pris à revers par l'audio-visuel et des expériences collectives ».

Par ailleurs, nous évoluons avec une rapidité quasi vertigineuse au milieu d'une civilisation technique où le maître le mieux informé est incapable d'embrasser la totalité des connaissances de base. Il faut qu'il renonce à cette ambition irréalisable et qu'il apprenne à l'enfant à trier, ordonner, interpréter des ensembles d'informations et de notions venues en dehors de lui — qu'elles le soient par n'importe quels moyens : audio-visuels, fréquentation des musées ou des techniciens dans diverses orientations choisies autour de centres d'intérêt.

Nous ne reviendrons pas sur la valeur du Centre d'intérêt comme méthode d'éducation pour les jeunes et d'agent de coordination pour les maîtres. Je voudrais seulement dire un mot sur les raisons pour lesquelles nous avons cru devoir interpréter et modifier quelquefois l'ordonnance des grands besoins humains tels qu'ils pouvaient se concevoir à l'époque où Decrly vivait.

Ce choix, nous l'orientons vers les grands besoins de l'heure, vers les points névralgiques de notre civilisation, vers les zones de fléchissement et de sous-développement qui permettent d'enquêter sur les causes du mal, et même de proposer les remèdes.

Car ils existent ces grands besoins insatisfaits, dans toute civilisation, fût-elle technicienne, et parce que technicienne, et il importe d'orienter les jeunes vers les problèmes complexes et pourtant indispensables à connaître pour l'adolescent qui pénétrera demain dans ce monde, à la fois standardisé dans ses modes de vie, fortement hiérarchisé dans ses structures sociales, et où il entrerait en vaincu s'il n'était familiarisé avec la complexité de ses structures, avec ses moyens d'expression et de contact, c'est-à-dire avec un langage nouveau où la charge affective et néo-romantique d'une époque révolue disparaît pour faire place à un vocabulaire technique d'une précision sèche parfois, mais qu'on ne peut ignorer, sous peine d'être irrémédiablement évincé lorsqu'il s'agira d'exprimer des connaissances indispensables dans une lettre, un rapport, un compte rendu, voire même une protestation écrite.

Nos enfants (internes), tous cas sociaux, manquent en partie de ce contact direct avec la rue, la conversation familiale autour de la T.V., il importe donc pour eux, encore plus que pour les autres, d'être mis en présence des êtres et de leurs problèmes.

Outre les enrichissements scolaires (connaissance d'une région par l'exploitation des cartes jointes à l'observation du paysage géographique, acquisitions d'ordre scientifique et technique, évocations littéraires dans le milieu même où vécut l'auteur, enquêtes sociales ... ), le voyage d'étude demeure pour la vie durant une méthode d'investigation et de recherche, un outil de travail précieux qu'un jeune utilisera par la suite spontanément lorsqu'il désirera parfaire sa culture, et avoir des vues objectives sur les problèmes qui l'intéressent.

Il est aussi un apprentissage de la vie sociale au sein d'un groupe structuré et agissant, et une source d'enseignements et d'exemples riches sur la peine des hommes et leur ténacité en face de l'adversité.


Compte rendu d'un voyage préparé, organisé et entrepris en collaboration avec Mme Lespine, professeur, et ses élèves de 4e et 3e.

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