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Une journée à la Maison de Sèvres,
samedi 4 juin 2005

Un reportage de Didier Martin

Dévoilement des plaques commémoratives et vernissage de l’exposition au SEL

Grand moment d’émotion ce samedi 4 juin rue Croix Bosset. Au-delà de l’aspect strictement formel (les autorités politiques, maire, député, conseiller général, qui apportent et incarnent la dimension officielle et publique de la cérémonie), chacun ressent avec force et vivacité la grandeur, l’importance de l’évènement : Yvonne et Roger Hagnauer, Goéland et Pingouin, enfin scellés dans le marbre. Le souvenir matérialisé sur place de ce qui fut une page exceptionnelle à plus d’un titre de l’histoire de la commune de Sèvres, comme de la vie de chacun des nombreux anciens élèves de la Maison.

Dans un premier temps, tout le monde se retrouve au SEL, et après les embrassades commence la montée vers la Maison d’Enfants de Sèvres, avec notamment le fameux escalier tortueux que gravirent si souvent nombre d’anciens… plus de 50 ans avant ! Parmi eux, reconnaissable entre tous malgré sa grande modestie, Marcel Mangel, Kangourou, devenu le mime Marceau, qui raconte avec une émotion vraie et simple, ses années d’Occupation à la Maison. Le moment fort est atteint quand Léa, très émue en rappelant «il faut le faire pour nous et aussi pour tous ceux qui ne sont plus là», dirige de ses mains de musicienne la chorale reformée pour l’occasion dans le chant devenu un peu l’hymne de la Maison, «le large Dniepr». Après le dévoilement des deux plaques commémoratives, cérémonie dans la grande tradition avec lecture des éloges, rappel historique des évènements, c’est le retour vers le SEL pour le vernissage de l’exposition. Là, les félicitations pleuvent sur les organisateurs : «extraordinaire ! Ce n’est pas possible ! Comment vous avez fait pour rassembler tout cela ?».

Comme on pouvait s’y attendre, ce sont surtout les photos qui attirent chaque ancien. Avec le désir légitime de retrouver sa tête, ou au moins celles de camarades de classe, dans la chorale, l’atelier de pipeaux ou de tissage, à la cuisine, aux lavabos, on parcourt les allées, on examine les panneaux à la loupe, on se penche, on s’approche, on chausse ses lunettes pour mieux voir. On se pose et on pose des questions, au besoin on appelle à la rescousse un autre élève ou professeur de l’époque en montrant du doigt «à ton avis, cette photo, c’est quelle année ? Je crois que je suis là, et ici ce ne serait pas Untel ? Et à côté, Unetelle ? Et là, cette salle des fêtes, c’est la Croix Bosset ou Meudon ?» Et de comparer le carrelage, les fenêtres, le mobilier pour déterminer sans trop se tromper qui se trouve où et pour quel évènement de l’époque : la distribution du goûter, les spectacles de fêtes de fin d’année, les jeux dans la cour, les répétitions de l’orchestre, les concerts à la Sorbonne…

Apportant leur touche tout à fait concrète à l’exposition, les objets artistiques réalisés au sein des ateliers des dizaines d’années auparavant, sont le pendant physique de l’exposition : œuvres de tissage, de peinture, poteries, pipeaux, assiettes, objets de céramique, tout cela rappelle avec une vivacité accrue et sensible une Maison de Sèvres très présente dans les cœurs et dans les esprits. Esprits qui ne peuvent s’empêcher de ressentir quelques regrets : «quand même, c’est dommage que le collège ou l’école de la rue Croix Bosset ne porte pas le nom d’Hagnauer !»… Regrets qui pourraient donner naissance à quelques espoirs : il se murmure ici et là dans le monde des autorités publiques, que ces plaques commémoratives et cette exposition seraient comme une «première étape» vers la consécration suprême, logique, attendue et désirée ardemment par tous : que l’école porte enfin le nom de ceux qui en furent les créateurs.